Écrire pour tout dire, avouer un secret et puis comme c’est écrit, comme c’est dit ça libère. Recommencer jusqu’à ce que ça marche. Inventer, rentrer dans son invention. Se faire rire soi-même, tout seul et avec les autres en disant, c’est pour toi, c’est moi qui l’ai fait. Faire. Chercher la meilleure part de soi-même, un truc constructif, dans le sens de la construction d’un bâtiment. Faire comme si on écrivait, mais en fait, dire. La volonté ou le désir d’aller là ou personne que moi peut aller, celle aussi de faire ce que personne d’autre que moi ne peut faire. Dire ce que personne, je dis bien personne d’autre que moi ne peut dire.
Trouver ou retrouver un réel plaisir à écrire, en dehors de règles et de codes extérieurs, en risquant ses propres mots, s’engager entièrement dans l’acte d’écrire, sans crainte d’une notation, d’un jugement de valeur ou encore de censures.
Toute l’année, le Centre Dramatique Régional de Tours mène des ateliers Théâtre/écriture en direction de tous les publics. Dans les lycées, les centres de formations, les centres sociaux, les associations ou les bibliothèques, il s’agit d’écrire à partir de propositions qui permettent d’explorer sa propre créativité. Puis dans un deuxième temps, les textes sont lus à voix haute par les participants eux-mêmes et ainsi de séance en séance, chacun prend de l’assurance, l’écriture se délie, les voix s’ouvrent.
Cette année ce sont une quinzaine de personnes volontaires, issues de trois ateliers différents, l’atelier ouvert à tous qui se déroule le mardi soir au Nouvel Olympia, l’atelier art de la scène du Lycée Vaucanson, l’atelier que nous menons avec l’Ecole de la Deuxième chance qui feront l’expérience du plateau. Réunis autour d’une grande table, ils liront tour à tour, en duo, en trio, une sélection des textes écrits en ateliers tout au long de cette saison.
Avec Marcelle, Catherine, Mariannick, Annie, Chantal, Karine, Stephan, Pierre-Michel, Jean-François, Andrée, Isabelle, Marie-Christine, Agnès, Christine, Thibault, Guillaume, Alice, Saïd, Paul.
Paul et Saïd
Je marche seul dans la vallée de la mort, mais je n’ai pas peur car je suis le pire petit enculer que cette terre ai jamais porté
A quoi sa sert de planter des légumes ?
Ça sert à voler
A quoi ça sert d’aimer quelqu’un qui s’en fout ?
Ça sert à faire parler les cons
A quoi ça sert de laisser sa trace dans ce monde ?
Ça sert à s’exprimer dans la vie
A quoi ça sert de se réveiller tous les matins ?
Ça sert à faire réfléchir
Lundi : le matin, je vois le jour pour la première fois depuis 3 semaines
Je tue le temps en attendant le bon moment
Dimanche : aujourd’hui c’est dimanche, on va découper le rosbif
Je tue le besoin de l’argent et je m’en soucie pas pour le moment
Samedi : soirée solitaire avec mon amie imaginaire
Je tue l’espace temps pour retrouver les meilleurs sentiments
Vendredi : J’écrase une fourmi
Je tue mon présent, je réalise mon passé et je pense pas à mon futur
Jeudi : vivre un film a la Pretty Woman
Je tue l’instant présent en évitant de faire fuir l’avenir
Mercredi : j’ai pris 365 jours
Je tue pas forcément les mauvais moments mais je profite pas toujours des bons
Mardi : boulot, dodo, gâteau, noix de coco, jojo
Je tue pas, je vis pas mais j’me débrouille je fouille pour pas trouver l’embrouille
Lundi : je fais plus de ski sur les pistes du trottoir
Je tue l’absent et je recherche l’actif du présent
Il est 11h : je suis au 3eme étage au Nord-sud
Je stress en voyant les gendarmes arrivé
11h01 : pas beaucoup de monde qui passe dans l’espace
Je stress quand je vais a un entretien
11h02 : mais pourquoi personnes veut venir m’aider
Je stress quand je lis en public
11h03 : mais tout le monde veut ma peau alors je vais pas me montrer
Je stress quand je suis seul chez moi
11h04 : essayez de discuter avec moi, vous verrez bien ce que je vais vous dire
Je stress quand je suis sur la route
11h05 : Allais je vais voir les autres?
Je stress quand je suis en retard au travail
11h06 : pour leur demander ce qui se passe
Je stress tout les jours
11h07 : pour pas me parler
Je stress quand je suis au téléphone
11h08 : mais la personne ne veut toujours pas me parler
Je stress quand je me lève le matin
11h09 : putain ça me fait chier je sais pas e que j’ai fait
Je stress quand j’arrive pas à me concentrer
J’attends que la pluie fasse place au beau temps mais je survivrai
J’attends que la semaine passe vite, les jours risque d’être difficile mais je survivrai
J’attends que mon patron me paye, la fin de mois est dur mais je survivrai
J’attends que la violence cesse et que la paix règne enfin en ce monde y survivrai-je ?
J’attends les vacances, je partirai seulement dans 4mois je survivrai
J’attends que l’espace temps n’ait plus aucune limite pour moi mais je survivrai
J’attends une réponse pour signer mon C.D.I, même si le stress m’envahi je survivrai
J’attends la mort avec impatience, je sourie de votre innocence, je m’en balance, j’avance je survivrai
Je m’exprime en prenant le micro
Je m’exprime à haute voix pour que tout le monde m’entende
Je m’exprime sur notre quotidien
Je m’exprime en écrivant pour que les personnes se donne la peine de m’écouté
Je m’exprime quand je suis pas bien
Je m’exprime sous plusieurs méthode, la meilleur este toujours la violence
Je m’exprime car j’ai envie
Je m’exprime pour libérer mon cerveau d’un lourd fardeau
Je m’exprime car je peux pas me taire
Je m’exprime en votant pour brulé les politiques
Je m’exprime et tu décline
Je m’exprime tous les jours pour communiquer
Je m’exprime parce que dans ma tête c’est le brouillard
J’exprime ma colère envers le système
DISEUSES: Catherine et Isabelle
Marre, marre, marre
Y en a MARRE !
Casse la langue
Triture les sons
Marre-toi !
Mar mar
Marmaris
Miramar
Mire, Mira
Admire, Mira
Admire Murat
Murat Ah Murat !
Un mur mura Murat
Et Murat murmura.
Ceinture !
Bâbord amure
Amure armure
Armure contre l’ennui
Armure dans la ramure
Près de l’Arve
Murmure de l’Arve
Vel véli vélo
Pour Lise en vélo
Lise envolée, enlevée
Lise sage, Lise page,
Lissage
Polissage
Usage des mots
Et moi avec l’âge
Emerveillée de ce marvel
Emerveillée de vous retrouver
De voir d’où je viens
Sans savoir où je vais
Dans ce marvelisage verbal.
DISEUR : Pierre Michel
Immobile, avec mobile apparent :
cause destructrice anesthésiante !
Enfoncé dans le vieux fauteuil déglingué. Déglingué ( !)
Parce qu’il a entendu, ce qui est entré au creux
de son oreille interne, au plus profond de son esprit
et de son corps. Corpulence de la blessure presque charnelle
Arrachement, déglinguant puis anesthésiant.
Figé dans le vieux fauteuil enfoncé, immobile inutile !
Un soleil futile ignoré, la nuit s’est installée, car le sang s’est glacé.
Plait-il à Dieu ou à Diable qu’il fausse ainsi touché
Désemparé aussi de toute réalité défantasmé
Ce qui est entré en lui l’a déglingué, oui, vraiment désarticulé
Déglingué par les mots articulés au creux de lui. Mots destructeur
Le téléphone n’a plus bougé, il s’est figé avec l’objet
Objet de son chagrin. Sans l’objet, il n’aurait pas encore
su et son corps insouciant l’avait porté, supporté encore
quelques heures avant qu’il n’apprenne ce qu’il apprit,
Que l’autre était prit par les mâchoires d’acier
imaginaires de sa déglingue !
enfoncé en lui au plus loin, de lui, au plus fort, de lui, au
plus forcé de lui, au plus diabolique et mélancolique de lui.
-Immobile et sec, inutile ?
Pour le moment silencieux, détruit partiellement, il attend
son propre sursaut ; mais il n’a toujours pas bougé.
Rester déglingué, maîtriser là la blessure, l’immobiliser.
Rester maître de cette déglingue. C’est s’il bouge que
l’autre pourra être considéré comme absent. C’est s’il bouge
Il reste donc là immobile.
DISEUSE : Karine
C’est au fond de moi, je le sens, sa boue. Pour l’instant c’est un noyau, une petite graine qui veut germer, explosé en mille tentacules. C’est là au fond de mon corps, ça prend une lettre mais d’autre veulent s’y accrocher pour faire un mot, une phrase, un texte, un récit et pourquoi pas un livre. Ce n’est pas seulement physique, mon esprit tout entier est accaparé. Je ne peux plus dormir, je veille en attendant l’éruption. Je sais que ça va sortir de ma bouche, tout d’un coup, comme un vomissement de mots, de lettres grecs, de phrases erronées car ça n’aura pas de sens, tous sera en vrac, un vrai puzzle et je devrai les amadouer, les dompter, les rendent docile pour que l’on puisse lire, comprendre ce tas de lettre qui n’a ni queue ni tête.
Mais, si par hasard tout avez un sens. Es-ce que mon cerveau n’essaierai pas de m’écrire quelque chose, me faire parvenir un message en me crachant des lettres, pêle-mêle qui en assemblant forme des mots, des phrases, un texte, un écrit surnaturel mais qui peut-être explicite si on y réfléchit. Car ce cerveau, il est à moi et s’il est à moi, ces lettres, ces mots viennent de moi. C’est mon vomissement, c’est moi qui me soulage en crachant des phrases qui font jouir mon moi intérieur. C’est moi qui hurle, de mots qui agonise des lettres. Je dois pouvoir les maitriser, les modeler, les rendent viable, lisible et plus me laisser hanter. Car oui, je suis envoûter, je dois m’exorciser pour que ces lettres sortent de moi, me laisse vivre en paix. Je ne veux plus de débordement fusionnel, d’éruption de lettre sans que je m’y attende. Je dois me surveiller, tous jeter sur une feuille blanche et ne plus raisonner mais rêver.
DISEUSE : Christine
Comme un vérin mal huilé. Machine-outil-pilon- Pistons qui râpent, qui accrochent. Fragments-Shrapnels-Eclats- Une rouille qui ronge. Nœud de corde épaisse rêche au fond de la gorge. Souffle puissant des forges éreintées. Lame venue poisseuse torve acérée du fond du corps. Entrailles fumantes ouvertes béantes grasses visqueuses. Peau retournée sanguinolente arrachée, violemment, attachée de lambeau de tendons suintants. Le corps éclaté éparpillé écartelé énucléé énervé éviscéré retombant lourdement pulvérisé en bouillonnements. Des gouffres putrides de la terre gorgée de matières fécales cela remonte. Lentement, très lentement, limace immonde et informe, cela remonte, accroché aux parois abyssales des os nus, arrêtés aigües, lombrics ombiliqué qui s’épuisent à se dérouler sans fin, petite tête de tique arrachée à la chaire flasque, encore et encore. Rien. Cela ne vient pas. Funeste repli. Immense vide irradiant le corps exsangue ; ébriété hallucinée. Tout retombe en une béatitude d’excitation, qui irrigue jusqu’à la pointe ultime des nerfs. Le corps fébrile, s’évertue. Et puis à nouveau les entrailles secouées de spasmes exstatiques éructent-Fragments-Shrapnels-Eclats-Les mots se forment. Les mots se forment. A peine. A grands peines-Placentaires-Mortifères-Tutélaires-Vase, linon, matière nourricière. Oripeaux aérien. Et soudain l’éclat fulgurant d’un poignard d’écrin qui plonge au creux de l’os et fait jaillir, comme un geyser brûlant, insoutenable, irrépressible, un hurlement muet sinistre et voluptueux, imprévisible, éternel, inouï, une parole enfantée fantasmée toujours déjà là pour peupler la nuit du monde.
DISEUSE : CHANTAL
Une page blanche a tous pouvoirs, bien sûr on planche c’est notre devoir, le vide à remplir, l’émotion du possible. Sueurs froides mains qui tremblent, intestins qui se nouent, palpitations cardiaque devant le devenir des mots qui dansent devant nous et qu’on voudrait maîtriser.
Les consonnes de toutes les couleurs se mélangent et ne sont qu’une masse informe et grisâtre, les voyelles les départagent et leur donne consistance et volupté. Le ballet de l’alphabet est engagé dans une musique en harmonie avec mon être. Tout tremble en moi.
Mes yeux clignent et ne démêlent rien de ces formes agglutinées. A moi de jouer et de les mettre ensemble pour une harmonie de sons ou une harmonie de sens. Mes mains tremblent et mon crayon peine à tracer ces lettres qui vont devenir des phrases peut être même des paragraphes.
Ton souffle est court et saccadé, tu es la police des lettres, tu ordonnes tempête, leur demande de se discipliner pour t’aider. Mais c’est ton corps qui s’alourdit, ta bouche pâteuse qui assèche ton inspiration. Le trou noir de la page blanche angoisse le plus profond de ton être tu serres tes doigts en fermant ton poing et maintient ton crayon pour tracer quelques lignes mais ton raisonnement est anéanti par un stress paralysant une peur de voir apparaître ton intimité dans ces lignes dépouillés du superflus.
Inspiration – aspiration – écrire sur la terre
le bruit de la mer
le bleu de tes yeux
ou sur tes cheveux
le temps infini
la vie qui s’enfuit.
DISEUSE : Andrée
Bouche bée, muette, zéro à l’oral, sueur perlée sur le front, sur les tempes, le cœur s’agite, s’accélère, la peau se raidit, rougit, les mains tremblent, les genoux tremblent, bientôt ce sera mon tour, non, que la cloche sonne, que je sois délivrée de ce supplice j’ai la gorge sèche « bon sang de bois, pas à moi », pourquoi mon nom commence t-il par un « D » Les mains mouillées, le tee shirt trempé, c’est à moi, rien ne sort zéro à l’oral, de la colère, beaucoup de colère en moi, encore et encore, des reproches encore des reproches, les mains agitées dans les poches, bourdonnements dans les oreilles, tram-tram dans la tête stop ras-le-bol, là-haut ça explose, respire, surtout respire là calme, calme.
2ème année
Front lisse, cœur modéré puis excité, les mains moites, c’est quand mon tour ?, souffle calme, c’est à moi, la voix cherche le ton, trouve, je baigne dans mes mots, mon récit, je suis bien, sereine, les visages étonnés, surpris, détendus m’accueillent avec bienveillance, parole libérée, explosée qui se révèle au monde, enfin.
DISEUSE : Stephan
La nuit est tombée. Je suis à la terrasse du café de Flore. Je ne fais rien, ou plutôt si, j’annote, j’annote tout ce qui me passe par les yeux. Je vois Beauvoir et Sartre, je vois Gide, je vois Cocteau. Je vois la vie des mots. Je me vois me lever et partir en lisant. Je sens cet homme dans mon dos. Je croise un gamin avec son chien. Lequel est le plus racé ? Je ne sais pas. Je sens toujours cette présence mais cela m’indispose pas. Je vois un couple marcher lentement. Elle passe sa main dans le dos de l’homme. Il lui entoura les épaules avec le bras gauche. Je vois qu’ils parlent mais je n’entends pas. Je vois de l’amour chez ces deux là. Je marche. Je lis. J’arrive à une station de taxis. Je mets le marque page pour reprendre au plus vite le fil des mots de l’auteur. J’ouvre la portière mais l’homme est là, de l’autre côté. Il me dit « es-ce que cela vous ennuie si nous prenons le même taxi ? » Je le regarde. Grand, classique, souriant. J’ai confiance. Nous prenons donc la même voiture et je vois Paris dans les yeux d’un autre. Il me dit « vous me rappelez mes vingt ans. Mois aussi je lisais en marchant. » Je ne réponds pas. Le taxi prend les quais. J’adore Paris la nuit. Je regarde une péniche amarrée. Je vois un gamin étendre du linge. Les parents, sont ce les parents ? L’observent. J’ai la sensation que ce môme est en train de passer un examen. Je pense « il faut que j’écrive ça ». Mon compagnon de voiture me demande enfin « vous allez où ? » Alors je raconte. Je lui laisse le temps de me dévisager, me désirer j’en suis sûr. Je sens son désir. Je vois le regard du chauffeur de taxi dans le rétroviseur.
Plusieurs DISEURS :
Entendue : « si vous ne produisez pas une belle phrase je fais tout péter ! » Tu les as plains les pauvres gens qui étaient venus là pour essayer de … pour essayer de quoi d’ailleurs ? On t’avait dit qu’ils participaient à un atelier. Bon mais est-ce que c’est une raison pour tout accepter ? Faut prendre des risques, faut vous mettre en danger !!! Est-ce qu’on ne passe pas notre temps à se mettre en danger ? En danger de vie , danger de travailler, danger d’être jugé, danger d’être licencié, danger d’aimer, danger de haïr, danger de procréer, danger de solitude, danger d’être là, danger de ne plus être ni là ni ailleurs… Comme le disait un journaliste à la radio ce matin « on est quelque part toujours un peu pris en otage. » Otage de soi d’abord.
Ouais mais dans le fond c’est quand même un peu con comme idée.
En même temps l’idée de faire que tout ce qu’on fait ou dit ou écrit soit beau SINON ON FAIT TOUT PETER ça te plait bien, hein ?
Et prendre des risques. Oh, tu t’aventures jamais bien loin. Au coin de la rue. Tu rencontres des gens, tu sympathises, tu te lasses, tu choisis des livres sur la couverture, tu ne les finis pas souvent, tu vas voir des films sans avoir lu les critiques, tu essayes de nouvelles recettes, la belle affaire, quelle aventure. A la vérité tu es pétrie de rituels. Et ces listes, toutes ces listes, tes journées rythmées, tes obsessions,….
Faudrait vraiment tout faire péter ! Arrêter de tricher avec toi-même .
DISEUSE : Marcelle
Quand j’ai voulu le driver sur le plateau, dans la première scène où le keum dégage une gonzesse à
coups de bonbecs, que ça pète, ça kayasse à mort, il m’a jeté : « Arrête de jacter ! Je pète la forme, crois moi. C’est top. Je vais y aller à donf. Cette meuf, elle est trop canon ! C’est d’ la balle. Je vais pas attendre le déluge pour lui faire sa teuf ! »
Alors là, wesh coco ! Le tournage a commencé : un truc de ouf, vraiment grave. Le type a cartonné.
La miss, il l’a jartée sérieux. J’hallucinais. N’importe nawake !
La pauvre miss criait : « Laisse béton ! » Et lui, sacrément chanmé, trop naze, éructait : « Arrête ton char ! C’est trop de la bombe. Tu sens pas que ça roule ma poule ? C’est chips pour toi. »
Il a fallu que j’ le dégage du plateau, sinon ça clackait trop fort. C’était chaud…
DISEUR : Pierre-Michel
Je pense donc je suis
Je pense bien donc je suis
Je pense bien à toi donc je suis
Je pense bien à toi donc je suis bien
Je pense bien mal à toi donc je suis bien
Je pense bien mal à toi donc je suis bien merci
Je pense bien mal à toi donc je suis bien merci quand même
Je pense bien mal à toi mon lapin bleu donc je suis bien merci quand même
Je pense bien mal à toi mon lapin bleu donc je dis que je suis bien merci quand même
Je pense lundi bien mal à toi mon lapin bleu donc je dis vendredi que je suis bien merci quand même dimanche
Je pense lundi bien mal à toi mon lapin bleu le mercredi donc je dis vendredi que je suis bien merci quand même dimanche
Je pense lundi bien mal à toi mardi mon lapin bleu le mercredi donc je dis vendredi que je suis bien samedi merci quand même dimanche
Je pense mal à toi tous les jours donc je suis…fatigué !
DISEUSE : Annie
"Jean-François, quand je l’ai connu, portait des pantalons si larges, que ses voisins de
palier, m. et Mme Chapouteau, le traitait de zazou.
Pourtant c’était un garçon très convenable dont les seules folies consistaient à
fréquenter nos surboums.
Ah ! les surboums de mes 15 ans, dans le sous-sol des pavillons de banlieue où l’on
fumait cibiche sur cibiche.
C’est là qu’on a tous appris à danser les rock’n roll et le be-bop. Pendant ce temps-là, nos mères pensaient que nous faisions du macramé. Elles ne se doutaient pas que nous terminions nos après-midis dans un bistrot miteux, un
tabac-PMU-billard qui avait tout du rade."
DISEUSE :Karine
J’ai lu les évangiles dans le désert du Sinaï.
J’ai lu un extrait d’encyclopédie à la bibliothèque.
J’ai lu de la théorie musicale à l’arrêt de bus.
J’ai lu à une terrasse de café mon livre préféré.
J’ai lu sur la plage de Plainfoul.
J’ai lu le journal dans un avion qui me ramener en France.
DISEUSE : Mariannik
Je me souviens du club des 5 et du clan des 7, assise dans le grenier de la maison familiale, maman vient me chercher cela fait 3 fois qu’elle m’appelle pour le repas…
Premier livre adoré, caressé, refeuilleté, rescotché, récemment, mon 1er livre de lecture « Rémi et Colette »…
C’est l’heure de l’examen oral, je suis inscrite en 15ème position, je prends mon livre de poche, je m’éloigne du ? des candidats, je fais le vide…
L’avion aura du retard, un grand tour de pendule, je passe la nuit à l’aéroport d’Athènes avec d’autres passagers dans la même galère, je prend mon livre donné par l’agence et découvre la Grèce.
J’ai le temps, je prends le temps, installée sur le trône d’aisance, j’avale que dis-je je savoure 2 ou 3 BD.
Assise sur la plage, au bord de l’Atlantique, j’écris, avant que la nuit tombe, 8 poèmes sur l’océan.
DISEUSES : Christine et Catherine
Lire, m’installer, être dedans / dehors. Le dernier ballet de paille tout en haut là-haut dans le hangar ouvert chez parrain et grand-mère. Sentir les brins serrés, râpeux qui grattent les cuisses dans le petit short rose, cuisse menues, guibolettes allumettes, sur lesquelles repose le livre. Croiser les jambes, décroiser les jambes, se mettre sur le côté. Bon, findement s’allonger. Non, findement renoncer ; il fait très beau, très chaud, doucement, liquidement chaud. Se mettre à l’abri dans la ferme fraîche, le petit fauteuil pliant en plastique qui grince un peu, sur la pierre fraîche. Lire à côté d’elle, ma grand-mère, qui équeute les haricots. Etre là et ailleurs à la fois.
Lire en haut tout là-haut d’une montage douce, verte, roulante, seule, le lointain bruit des pâturages sous le ciel infiniment nuageux, légère brise, inaccessible. Personne ne sait où je suis. Encore en short, il fait doux. Lire, douceur, solitude. Lire dans l’embrasure de la fenêtre, ferme Normande, plat pays, encor des vaches qui paissent paisiblement, les caquètements des poules se sont tus, les pots de lait s’entrechoquent. La nuit tombe délicate et fraîche encore. Lire, des journées d’été à l’infini.
DISEUSES et DISEUR : Chantal Isabelle Stephan Pierre Michel
Il m’est arrivée bien souvent de lire dans le TGV mais depuis que je fais des ateliers d’écriture mes inspirations les plus inspirées démarre du quai de départ jusqu’à l’arrivée du train et le point final correspond à l’entrée en gare.
-Autre lieu d’écriture le fond de mon lit la nuit, roulé en boule et ressassant des idées saugrenues.
-Enfant, dernière née d’une famille nombreuse je me cachais dans un coin du grenier pour écrire par peur des moqueries de mes frères et sœurs.
-J’aimerais quelque fois tourner le dos, partir loin d’un groupe ou d’amis pour pouvoir écrire à ce moment précis ou malheureusement je ne peux me défiler et je ronge mon frein en attendant que malheureusement l’inspiration s’en aille.
DISEUR : Pierre Michel
-Calé, bien calé, comme sécurisé, entre les rochers d’un granit par :
Radiation des mots contre énergie du vent et vagues sonores.
N’y aurait-il que la Bretagne pour donner cette énergie aux phrases lues avec appétit, avec nécessité ?
-Ou louer dans mon hamac à Carnac : balancement régulier des mots .
Une impulsion nouvelle à chaque page.
Accroché à l’arbre : de l’arbre au papier et retour à l’arbre. Entre deux, entre deux arbres ; temps suspendu esprit suspendu, accroché aux mots qui s’harmonisent dans une pulsion de vie, pulsation et balancement.
-Ecrire à « ma table » ou alors sur mes genoux dans un effort physique par retrait la feuille avec mes mots.
DISEUSE : Catherine
Une table vierge sans rien dessus, une grande de préférence, un rêve de table d’écriture, une vue vue sur mer sur Loire sur arbre en fleur sur soleil couchant.
Un être au monde, là, arrêt sur image un lieu habité par le chant, chant d’oiseau, murmure ou fracas de l’eau, souffle du vent.
Une marche, carnet en poche, et soudain incoercible l’envie d’écrire ce qui se passe là ce qui est là qui m’habite, me déborde, doit-être dit, pourquoi ? Laisser trace ?
Une avancée dans la nature, quelque chose, un arbre à moi, pour moi, à investir, à décrypter, à étudier, à décortiquer.
Un lieu habité où je serais un peu extérieure spectatrice : arrêt sur image, sons, paroles volées, n’être que sensations et ouverture.
Le temps vide devant moi sans obligation, la permission d’aller au hasard sans but défini pour saisir, mais quoi, la densité des choses, l’épaisseur de l’impalpable.
Etre là, n’importe où, et saisir l’impalpable pour le palper en mots.
DISEUSE : Christine
Tu n’en peux plus de cette chaise en plastique rigide. Et ton pull qui glisse. Zut. Le foulard par terre. Dans la poussière. Tu viens de le laver. Tu n’oses pas te pencher pour le ramasser. Il y a un tel silence.
« Ca a à voir avec…comment dire… » Long silence . « Oui… comment dire, c’est un peu ça au fond ce qui se joue à ce moment là de l’histoire quelque chose qui a à voir avec la naissance du monde, ce partage du monde, de l’Afrique par les puissances coloniales, comme une mort mais aussi une naissance, ça a à voir quelque part avec ce qu’on pourrait appeler la volonté de puissance, ce que Freud nommerait phallus peut être … » Long silence. Echanges de sourires. Airs entendus.
Tu as l’impression d’avoir un peu décroché. Ton voisin change de position sur sa chaise, te frôle, s’excuse. Ce n’est rien. A vrai dire, tu en ferais bien autant. Le dossier te scie le dos. Tu essaies de suivre. Qu’est-ce qui se joue au-delà des tics de langage ? (au fond, ce qui se joue là, ça a à voir …) Ta voisine de droite te tend ton foulard. Ah merci. Plusieurs personnes se retournent vers toi. Tu as dû parler un peu fort. Tu souris. Qu’est-ce qui t’avais plu à la lecture du passage dans le livre ? Ton ventre gargouille. Tu en profites vite pour replacer ton pull, changer de position. « Et dans le fond, ce qui se passe alors…
DISEUSE : Stephan
Je veux te lire une fois mes mots lâchés en bordure du fleuve de l’entendement, pour toi une satisfaction sans borne, que ces mêmes mots lus une fois, comme ça, simplement pour toi. La scène du théâtre est vide de tant. Seule résonne la langue française dans l’écho des coulisses.
Je veux te lire le soir, une fois, une seule quand je suis allée voir ma mère dans son lit et qu’elle m’a dit Baudelaire. Baudelaire et Prévert sont mes deux amis. Je les lis une fois, pour le plaisir. Le plaisir d’une fenêtre ouverte, lecture hurlée dans le chaos des klaxons, le manque d’oxygène.
Je veux te lire ma passion du verbe. Le verbe qui ne serait pas du verbeux mais que je t’offrirai une fois dans la bibliothèque du musée d’art contemporain.
Je veux te lire une fois, en parcourant ton corps de caresses attentives.
DISEUR : Pierre Michel
J’ai toujours rêvé de te dire peut-être
J’ai toujours rêvé de te prendre dans mes bras d’athlète, dopé à l’EPO
J’ai toujours rêvé de te mettre dans le lave-vaisselle, sur un cycle long
J’ai toujours rêvé de t’envoyer des fleurs artificielles, vert pomme
J’ai toujours rêvé de te casser ensuite le vase sur ta tête d’artiste raté
J’ai toujours rêvé de te rouler dans la farine, de maïs
J’ai toujours rêvé de t’épiler les moustaches avec une tenaille
J’ai toujours rêvé de t’écrire une liste de courses tellement longue que je serai sûr de ne pas te voir pendant plusieurs jours
J’ai toujours rêvé de te prendre en photo de très près avec un grand angle pour accentuer l’énormité de ton grain de prétendu beauté sur la narine droite
J’ai toujours rêvé de te rafraîchir et pas que la mémoire…
Heureusement pour toi que je ne fais pas de cauchemar… !
DISEUSE : Andrée
O
Mi
Bel
Amor
Spero
Presto
Vederte
Baciarte
Je suffoque
Je me pâme
Quand je me rappelle
La grain de ta peau
L’amande verte de tes yeux
Les formes exquises de ton corps divin
Je ne puis plus rester loin de toi
Quand enfin serons-nous réunis, mon amour ?
Quand pourrons-nous nous humer, nous enlacer
Jouir l’un de l’autre sans retenue ?
Je ne dors plus, je ne mange plus
Tant me ronge la passion
Tant est brutal le désir
Je ne te cache pas
Que je ne saurai
Garder la vie
Plus longtemps
N’attends pas
Rejoins-moi
Vite
Vite
Viens.
DISEUSE : Stephan
Je vois la place effervescente. Je vois Didier et ses chiens qui défèquent partout dans le gazon. Je vois Madeleine pousser lentement le landau autour de la fontaine. Je vois un couple enlacé assis sur le banc en pierre. Je vois le ciel bleu azur, le soleil chaud et rayonnant. Je vois Thiéfaine passer en tenant sa baguette. Je vois le flot de voitures s’arrêter au feu rouge. Je vois un bout de mer derrière l’arsenal militaire. Je vois Mohamed et Fathia entrer dans l’immeuble. Je vois une discussion déchaînée entre deux jeunes hommes. J’entends des bribes d’engueulades entre deux klaxons. Je vois une voiture de police. Je ne te vois pas.
Les lampadaires donnent vie aux ombres. Là un quidam s’arrête pour allumer une cigarette. Deux filles court vêtues se dirigent vers la rue des putes. Des militaires américains chantent à tue tête l’hymne national en tenant à bout de bras des sachets en papier dans lesquels sont dissimulées les bouteilles d’alcool. Ils vont eux aussi dans la rue des putes. La lune est pleine et ronde, distribuant des zones de clarté dans la nuit. Didier est toujours là avec ses chiens. Il est assis. Il attend. Quoi ? Il n’a jamais sû me répondre. Je t’attends mais tu n’arrives pas.
La nuit se déchire avec ses lambeaux d’aurore. Le soleil pointe à l’horizon mais la lune sera là pour la journée. Les mouettes arrivent du large devançant les chaluts. Elles crient au rythme de l’aube naissante. Je vois une fille appeler au secours. Je vois un homme derrière elle qui marche vite. Il faut que j’appelle la police. Je vois un des jeunes d’hier dormir sur la pelouse.
J’entends un bruit d’arme à feu. Je vois l’autre jeune d’hier partir en courant un fusil à la main. Je vois le premier jeune couché, une tâche de sang sur le tee-shirt. Je vois les pompiers qui tentent de le réanimer. Je vois la civière, le drap qui recouvre totalement le corps Je vois un début d’attroupement. Je vois tout ça mais je ne te vois pas. Je crie je t’aime. Le cri se perd. Tu ne viendras pas.
DISEUSE : Karine
« Je suis née à l’envers. Mes pieds sont sortis les premiers du ventre de la terre. Et la première chose que j’ai fais est de hurler mon nom : Ermia Piétrus. »
Dès que Ermia Piétrus a su écrire, la première chose qu’il a fait est de décrire la monde, la terre, la beauté de la planète et de ces vertes prairies. Je me souviens d’une phrase, je cite : « la forêt des livres que l’on croyait endormie émis tout d’un coup un cri perçant qui se faufilait sur les partitions du vent. C’était le cri d’une chouette. Alors la forêt endormie se réveilla et les biches se rapprochèrent de leurs fans. » Quel poète se Pétrus. C’est comme l’Alpha. Depuis qu’il s’est que son nom veut dire le premier, il ne sait plus où donner de la tête. Il lit, il réfléchit, il s’extasie, il écrit aussi. Par exemple son dernier livre s’intitule : La beauté florale. « Car oui le parfum d’une fleur, sa couleur enchanteresse, sa tige longiligne verte m’emmène au Paradis », écrit-il. « Et si la terre s’avait parlé, chanter aussi fort que les sirènes, combien d’être humain l’épouserai ? » Dit-il.
Et oui, Ermia Piétrus et l’Alpha sont les deux même. Des fabulistes, des penseurs pas comme celui de Auguste Rodin car eux ils écrivent leur pensée dans toutes les langues dans le but de reconvertir un maximum d’individu à leur rêverie. Voilà, ce sont des écrivains qui veulent exister, jaillir de mon corps proscrit par la guerre, la faim et les torrents de lave qui jaillisse de mon cœur. Car oui, je l’avoue, je suis une poétesse endormie avec me rêves d’écrivain. Qui un jour Ermia Piétrus et l’Alpha exploseront du plus profond de moi-même. Et par la beauté de mes vers, j’éclabousserai ma joie et mon amour de la terre à votre visage et vous sucerez ma sève ; mon lyrisme vous le convoiterez car Ermia Piétrus et l’Alpha auront gagné la prospérité et le respect de leur lecteur.
DISEUSE : Christine
discrètement se faufiler tu es un peu en retard ce n’est pas grave ce n’est pas de ta faute d’ailleurs tu avais prévenu…
Tu t’assois tout doucement Ah quelqu’un déplace sa chaise derrière toi évidemment tu n’es pas transparente.
Bon tu ne bouges plus, pas un frémissement de doigt, pas un battement de cil, pas un frisottement de nez ; pourvu encore une fois qu’à cette heure là tes entrailles n’aillent pas te trahir.
« On remet à madame Villepin sa robe mouillée aux fesses »
DISEUSE : Catherine
Lignes perspectives décrochés recoins espace matière lumière
Les toits les maisons la cathédrale le ciel immense
Cadrage parfait, filtre du treillage métallique
Chiens assis cheminées à muselière.
Gris, blanc, du rouge. Du vert par touches.
Un palmier en pot dans une coure
Un bouleau et le platane.
Un nid encore visible dans le halo des bourgeons.
Voilette métallique palais de verre
Pointes dômes verticales angles lignes brisées
Points brillants dans le soleil
Matinée de mars
Energie scripturaire
Instant éclaté, surdimensionné
Temps et espace confondus.
DISEUR : Pierre Michel
Debout dans ma nacelle ; d’en haut mon regard tente d’écrire le patchwork du monde ; mais beau, justement beau. Comme le visage de cet enfant de la forêt d’Angkhov qui me jette un regard chaud en apercevant mon ballon, ma montgolfière.
Fière dans le ciel la voilà pourtant coincée, enveloppée dans un nuage où un ange passe, j’échappe alors au réel par penser le monde autrement…
Envie d’une autre sensation, d’une autre apesanteur ; alors je plonge au milieu des coraux pour y rejoindre un autre monde animal qui me console de celui des hommes. Mais j’évite f.
Un bateau me repêche et je file désormais à 27 nœuds à la surface calme du monde. Le capitaine me suit.
Au devant un Viking !
Un vrai king et je me sens tout petit lorsque je débarque sur 1 banquise ensoleillée. Cette aventure est unique. Ce périple est inutile. D’ailleurs la nuit tombe d’un coup je n’y comprends rien. Je dois rêver le monde.
C’est peut-être plus facile que de le vivre.
Mais où sont nos enfants, où sont mes proches, où sont mes amis ?
Ecrire peut aussi engendrer une certaine solitude.
Debout dans ma nacelle, j’échappe, je plonge, j’évite, je file, je me sens, je débarque, je n’y comprends rien. Je dois.
DISEUR : Jean François
Attendre. Je n’aime pas attendre.
Temps perdu. Temps mort. Pourquoi tant de temps libre encore ?
Tout ce temps donné.
Tout ce temps à moi.
Libre.
Tasse vide. Temps mobile.
Je voudrais que ce temps là ne soit pas vain.
Qu’importe la pérennité ? Hors ce poème écrit il y a si longtemps.
« Je suis un train.
Rien ne m’est plus indifférent que le monde.
Il pleut. »
Toujours cette vitre épaisse, blindée , pare-balles entre moi, et le monde et moi.
DISEUSE : Mariannick et Agnes
Que lisent-elles ? une recette de cuisine, l’interview d’une vedette, mots fléchés, sodoku ?
Assise sur la plage, … les mouettes, peu sauvages viennent grappiller le reste des BN au chocolat laissés par les enfants de la famille Dupont…
Les mouettes grignotent les miettes de chocolat mêlées à l’écume.
Tous
Un enfant bondissant
Un ado turbulent
Un marin à pompon
Une fille à flonflon
Un visage ridé
ou des yeux éclairés
Un monde à ma fenêtre
Un regard sur les êtres
J’aime lire dans leurs yeux
Si les gens sont heureux
S’ils ont cette lueur
qui va droit dans le cœur.
DISEUSE : Karine Je regarde, sur ma droite, à ma gauche, je regarde, je pense, je vis, je respire, je prends, je décortiquais, je lui souris, je reviens, je réfléchis, j’observe, je scrute.
DISEUSE : Catherine
De l’origine du monde
Et la lumière fut…
…nom.
Le grand chambardement
Dans le néant et le silence, ce fut une rencontre inattendue, d’autant que nul n’attendait, un surgissement.
Et Dieu créa la femme
Parfois le cinéma s’en mêle, la fiction dépasse la réalité, comment savoir ?
Le hasard et l’anécessité
D’où venons-nous, sommes-nous vraiment le fruit du hasard, quelle nécessité à cela ?
Les trous noirs
Et la physique s’en mêla, bouleversant les hiérarchies, déboulonnant la philosophie.
Question de règnes
S’il y a bien longtemps nous apprenions l’existence de trois règnes, il semble que ce ne soit plus le cas.
De l’oralité à la spécialité
…une longue quête, comment, parti d’un récit mythique, je sombrai, puis émergeai, puis nageai de spécialité en spécialité, des mythes à la physique et je termine ce voyage avec passage de témoin à qui voudra bien relever le défi et transformer le récit en apportant un nouvel éclairage dans cette histoire qui ne sera jamais définitivement close.
DISEUSE : Christine
« Si ça peut vous arranger je peux venir une dernière fois mardi prochain, pour vous dépanner. »
Une dernière fois. C’est idiot mais ça résonne dans ta tête. Une dernière fois. Combien de dernières fois as-tu vécu ces deux dernières années ? Dernière fois que tes lèvres caressent sa joue douce, encore chaude…dernière fois que tu lâches la main de ta fille devant la grille de l’école primaire… dernière fois que tu assistes au cours de piano de la grande, dernière fois que tu partages ces clés avec leur père, dernière fois que tu dînes dans ce lieu enchanteur, dernière fois que tu vois ces étudiants, dernière fois que tu te laisses glisser dans ce canapé, dernière fois que tu passes la marche arrière de ta vielle guimbarde…dernière fois que tu vas au cinéma avec ton amie si chère…
Arrête tu te fais du mal. A quoi ça rime d’énumérer ces dernières fois. Tout est dernière fois. Ce que tu fais là en ce moment tu le fais sans doute pour la dernière fois.
Merci non ça ira pour mardi.
DISEUR : Jean François
Mais tu t’rends trop pas compte, quoi ! Jean-Claude Van Damme ringard !… mais il est ouf ! Jean-Claude Van Damme c’est le renouveau de la langue française, l’avenir de son rayonnement, l’élan de sa créativité, l’anti-sénescence de l’Académie Française ! ce keum c’est mon Dieu ! en plus j’hallucine tellement il est canon ! … Non sérieux tu devrais guetter chacun de ses passages sur France-Culture… la dernière fois on lui a demandé son avis sur la transsubstantiation, il a dit que c’était trop de la bombe ! je sais pas si tu piges à quel point c’est de la balle cette distanciation, cette pirouette langagière qui n’est pas sans trahir un réel engagement pour la Paix et une préoccupation de l’individu doué de conscience face à la prolifération mondiale des armes de destruction massive ! … Mais ta bouche ! moi je suis à donf pour J-C… d’ailleurs t’as vu, comme par hasard, les mêmes initiales que le Christ… arrête ton char, moi je te le dis, ce mec c’est mon messie, mon prophète, c’est grave chanmé comment ç m’le fait !… Il est parmi nous pour nous sauver, nous faire prendre conscience de notre condition précaire de corps voués à la putréfaction et d’âmes en route vers le néant… t’attends le déluge pour te plonger dans ses œuvres complètes ? … Laisse béton, ça s’rait trop naze que tu passes à côté de ça… T’as jamais lu « Quand les poules auront des dents elles pourront passer aux abdos » ? … Mais franchement ne te cramponne pas à tes a priori antédiluviens, à ta culture académico-poussiéreuse, à tes certitudes de Lagarde et Michard ! Roule ma poule ! Mets-toi au body-building du neurone, laisse-toi bousculer, sois aware, attends-toi à une révélation, une épiphanie… une teuf !!! Moi aussi j’ai eu ma période Boileau, Mallarmé… Joyce ! … mais Jean-Claude !! c’est pas une [tarlouze] fillette !
Et ses interviews à chaque sortie de film… ces néologismes survitaminés, ces Vandammismes aux hormones… ça pète ! … ce positionnement d’acteur engagé, d’artiste authentique qui porte l’œuvre à lui seul, qui en est l’essence et le moteur… mais c’est chaud de rien vouloir entendre à ce point !… Tu crois que Fritz Lang et Orson Welles ont tout dit ?! mais imagine le chef-d’œuvre définitif qu’ils auraient réalisé avec Jean-Claude Van Damme comme matière première, comme argile… le golem du XXI° siècle ! ça claque ! grave !
Bon j’en ai marre de jacter dans le vide, je vois bien que ton carcan intellectuel standard t’empêche d’avoir accès au sublime. C’est n’importe nawake. Allez, dégage.
DISEUSE : Andrée
Misère de misère où sont les sentiments jamais il n’y a eu autant de grabuge et pourtant tout va pour le mieux.
Katarina gigote Léopold sirote Jean pense Kurt ignore Marie dit Colin muse Sacha berce Tina joue George avale Solène mijote Quentin s’énerve Boubou contemple Simon cavale Edwige oublie Fata ment.
Misère de misère qui aimera la nuit le jour partout le mal il pleut des larmes à l’infini pourquoi chercher dans l’univers.
Chloé s’essouffle Simone geint Hugo respire Jeanne imagine Hubert demande Suzanne explore Yann trucide.
A qui la faute regarde-les misère de misère la peur d’aimer demain peut-être ou bien qui sait cueillir la vie es-ce donc si dur tout va brûler.
Martin reproche Werther s’égare Clotilde s’allonge Félicie jouit Sidoine opère.
C’est beaucoup trop soudain l’orage et tout explose lumière enfin Gervaise rit.
Plusieurs diseurs se succèdent :
Se réveiller en retard face à une obligation d’horaire
Se dire quelle chance, une journée d’écriture
Tu te prépares psychologiquement !
Ah non !
Je viens, je laisse aller.
Le crayon déjà.
Mire de rien, c’est pas rien
Une démarche également physique !
Une tension, un plaisir…
Mais pas toujours
Ce jour on s’y est tout de même préparé
On ressent une certaine densité
Comme s’il y avait là quelque chose d’intensif.
Et pourtant le réveil, comment écrit-on sonne, le réveil sonne. Il me faut me lever, saisir la plume et jeter le texte en pâturage aux lecteurs. Prendre la langue et l’embrasser jusqu’au dernier souffle. La tourner, la retourner. Lui faire l’amour, que dis-je, baiser avec les mots, les tordre, les retourner et les pénétrer profondément sans scrupules. Se maintenir debout dans le vertige inaltérable.
On est tous là.
Où ça ? Ils sont où ? Attention ?… C’est parti ?
De quoi s’agit-il ?
Pourquoi moi ici au milieu de tout ça ? Et pourquoi déjà je me sens…
Je me sens BIEN !
Le groupe et pourtant très vite, je l’oublie, et cependant il est là, une énergie commune, rarement je lève le nez, et je les vois tous penchés, absorbés, habités ?
Habités, mais par quoi ? Un flux, un reflux, une traversée, une avancée, un –zut je ne trouve pas le mot quand on débroussaille pour avancer.
Oui, c’est ça, en fait : une énergie collective ; je la sens, corporellement.
Tous les sens sont en action, c’est vraiment physique.
Sprint ou marathon, on ne sait pas bien encore, à corps perdu le stylo glisse plus vite que prévu ; c’est pour moi assez inattendu, c’est fort !
Une autre dimension tout à coup, une prise de conscience de la nécessité de transmettre ; même si cela ne se défini vraiment jamais !
Pourquoi vouloir transmettre et quoi : un mystère auquel il ne faudrait jamais.
J’écris je me lâche je plonge dans mes souvenirs
Crayon de papier, stylo, plume tout est bon pour gratter le papier, pour me libérer pour laisser
Libre essai à mon imagination et squatter le cerveau des auteurs poètes ou …… qui ont marqué mon esprit et dont même de façon involontaire je m’imprègne.
J’aime bien cette idée de squatter. Ecrire à la manière de… Coucou qui s’installe dans le nid bien douillé… Quel nid ? Virginie Woolf, une journée dans la vie de Clarissa… Léopold Bloom – Léonard Woolf – Septinas – Adam Appleby… me … dans mes listes. Squatter d’accord mais créer, faire, inventer, trouver ; me trouver ? A quoi me servent tous les livres ? Ces livres là, ceux que je choisis, ceux que je n’achète pas, ceux que j’aimerais bien qu’on voit entre mes mains, ceux que je ne crois obligée de lire… Mais quels sont ceux qui cherche, qui fouillent, qui suscitent l’émotion ? Comment se débarrasser de ces encombrants, de ces livres qu’on aurait aimé aimer…
Un chef d’œuvre littéraire c’est un dictionnaire dans le désordre.
Oui surement mais j’aimerais bien être un peu désordonné.
Ca se bouscule dans ma tête. Tête de linotte. Tête de veau ravigotte. Grosse-tête. Tête de pâté de foi. Petite tête. A la recherche des mots. Et si je faisais comme… que je me farcissais, comme un traiteur, traiteur d’écrits, tous les mots du littré…
Ah les mots, j’aime les mots, surtout les nouveaux, surtout ceux qui résistent, que l’on ne trouve dans aucun dictionnaire. Je lis, tiens, celui-là je ne le connais pas, je l’entoure, renvoi à la page à la fin du livre. Un jour – peut-être – je les chercherai, mais ils sont si nombreux. Je pourrai faire le dictionnaire des mots que je ne connais pas, je reprends les dernières pages de mes livres, je suis sure que mon dico à déjà une bonne épaisseur.
Marvelisage, marcescence, marvellous… Et celui qui m’échappe débroussaillage de la forêt amazonienne, mince alors, ma pensée vagabonde sans succès d’autant que la forêt est dense et le temps mesuré pour cette traversée. Défrichons ?
Les mots comme des arbres à appréhender.
Traverser la vie
Donner du relief et du sens
Sans issue
Pour le meilleur et contre le pire
Pour rire.
Rire ! Rira de tant ; sourire aux mots inconnus sans traduction. Se permettre le sens du sans issue, traduction maladroite d’une émotion discrète et fidèle. Rire contre le pire pour…
Le meilleur. Car j’ai soif, j’ai soif d’écrire, j’ai faim de mot, de lettre. Il faut que je mange un texte, un récit, un livre. Je dois assouvir ma gloutonnerie, remplir mon estomac et le digérer afin de produire à mon tour un texte, un livre que je partagerai avec d’autre de mon espèce. A la fin de ma traverser littéraire, je me sentirai enfin libre.
Je me jette dans les borborygmes des consonnes, dans la tendre réalité des voyelles – Ecriture – Econome espoir – I comme…
Icar – A comme anatomie – Anatomie d’un mot, d’une phrase, d’un texte et pourquoi pas d’un livre. Oui c’est ça, mon désir le plus profond est d’écrire. Ecrire un livre, pour moi, pour le partager avec les autres et pourquoi pas le faire éditer.
Alors un Livre, oui, mais sur quel thème ? Le romantique, le polar, l’aventurier et pourquoi pas la BD ou le livre pour enfants, tout est affaire de goût, de ressenti, d’idées, d’images… Je ne sais pas ce qui est le plus difficile, le plus long, je vais me laisser transporter, on verra bien ; par le roman, la trame, le fil conducteur des personnages, une époque, des éléments décisifs, une chute qui en vaille le coup, je prends des vacances, j’écris jour et nuit, je suis seule dans ma bulle, je m’y sens bien, au bord de la mer, j’ai coupé le téléphone enfin libre de gratter le papier non stop.
Assise dans cette sale, l’inspiration arrive toute seule.
Vite du papier, un autre stylo, je ne veux pas que cela s’arrête, j’ai mille mots dans ma tête, laisser moi du temps c’est une question de survie, de rêve, place à l’imaginaire, à l’éphémère, ouf, le sablier est bloqué j’ai devant moi l’éternité.
Eternité pour écrire un dix… par un vrai chef d’œuvre d’écriture, laissons de côté la modestie et plongeons dans le par esprit. Rêverie fugace ou cauchemar noir tout pour être dit pour six ou pour les autres. Ecriture lecture partage d’émotions et de regard sur le monde, de la réalité à l’absurde.
DISEUSE : Karine
Je prends mon peigne, je prends mon peigne et je me coiffe. Je me coiffe en tirant mes cheveux et je prends mon peigne. Je prends quoi ? Ma brosse, non mon peigne et je tire mes cheveux. A quoi bon, j’arrête et je prends mes barrettes. De mes barrettes j’attache mes cheveux, de mes cheveux je fais un chignon. De mon chignon je le défais et je prends mon peigne. Avec mon peigne je coiffe mes cheveux, de mes cheveux je fais une natte.
DISEUR : Jean François
J’enfile mon pull de laine, mon pull de laine chaude.
Fil de laine, chaude laine, pure laine, clair de lune, la nuit est froide.
Je flaire le poil, le poil et la pelote, c’est chaud, c’est doux.
Mon pull est une boule.
J’entre en laine.
Le tissu me tire sur le nez, le col résiste, je sens mon haleine, mon souffle me chauffe la figure.
J’entre en laine, j’enfile mon pull.
La laine avec mes cheveux au sommet de mon pull.
DISEUSES : Mariannick et Agnes
"Le premier qui dit la vérité"
Rien
La direction des vents cosmiques
Sans raison apparentes les lumières sont allées dans la même direction
A la rencontre des étoiles
Au départ le ciel était noir puis vint des lumières appelées étoiles
La naissance des héros
Maintenant il est temps d’apprendre aux enfants la vérité sur les héros
Découverte de la vie végétale
Les végétaux ont-ils une âme ?
Qui est arrivé le premier sur terre ?
Du groupe de personne celui qui courait le plus vite est sorti le premier
La lumière des étoiles
Le ciel s’est allumé de mille et une étoiles scintillantes . Des nouvelles ont remplacé celles qui ont disparu soit éteintes ou devenue poussière . D’autres se déplacent rapidement comme pour fuir. La voûte céleste semble s’éloigner au fur et à mesure qu’arrive l’ennemi : le jour
DISEUSE : Andrée
Tu fais des galipettes en chantant. Surprenant.
Tu te donnes en spectacle à ton âge. Surprenant.
Il y en a qui se laissent prendre à ton jeu. Surprenant.
Et tu ne leur en es même pas reconnaissant. Surprenant.
Seul Prosper n’est pas dupe. Surprenant.
Prosper sait depuis toujours. Surprenant.
Prosper sait et se tait. Surprenant.
Tu l’ignores pourtant. Surprenant.
Tu te crois tout-puissant. Surprenant.
Tu oublies que le temps t’est compté. Surprenant.
Mais Prosper compte pour toi.
DISEUSE : Marcelle
L’enfance, c’est le manège aux chevaux de bois qui tourne sur la place de l’église, engloutissant toutes les pièces de ma tire lire.
L’enfance, c’est le jardin de mon grand père où je vole les fraises que je déguste avec bonheur.
L’enfance, c’est la course effrénée en patin à roulettes avec mon frère dans la rue en pente qui longe la maison.
L’enfance, c’est le jeu de cow-boys et d’indiens dont les prisonniers sont enfermés dans l’immense séchoir à maïs.
L’enfance, c’est la photo prise d’une petite main retenant une rainette égarée au bord du bassin moussu.
L’enfance, c’est le tutu blanc et froufroutant qui vire volte autour de la taille, à la fête de l’école maternelle, en fin d’année.
L’enfance, c’est le partage de quelques jours de vacances, avec une cousine déguisée en mariée, dans la lumière feutrée du grenier.
DISEUR : Jean François
"Prendre deux personnes de sexes opposés, bien belles et bien mures. Les éplucher délicatement, les coucher sur un lit de cannelle, les recouvrir de fleur d’oranger et saupoudrer légèrement de sucre.
Les envelopper d’une légère feuille de pâte que vous aurez préalablement passée au rouleau. Mettre à feu très doux et laisser mijoter. Après quelques propos tendres, lorsque les personnes commencent à s’agiter, couper le gaz, couvrir et laisser au four toute la nuit."
DISEUSE : Marie christine
Ecrire c’est tracer sur la neige deux lignes parallèles pour déposer une histoire éphémère
Ecrire c’est construire le langage avec une extrême lenteur
Ecrire c’est éveiller du bout de la plume la trace de la première phrase
Ecrire c’est faire en sorte que les mots sur la page n’oublient pas la blancheur sur laquelle elle se pose
Ecrire avec un geste régulier à l’encre bleue
Dessiner des courbures mystérieuses
Ecrire c’est avancer en aveugle chercher la musique des mots
Ecrire ‘est sous la plume
Entendre griser la marche du temps immortel
Ecrire c’est rechercher la sensation d’une touche juste plus que la quête des mots justes
Ecrire
c’est
tout cela
Et plus encore
Dis toi
Andrée
Que le monde entende les murmures les hurlements les gémissements les jouissances et les silences
Stephan
Dis toi, tu cries de concert avec moi ou je fais tout exploser. Tu es mon parcours verdoyant dans une lune sombre et mystérieuse de mots, de phrases, de paragraphes pour une histoire de lettres que je veux faire mienne.
Annie
Dis toi, assise là derrière moi. Tu fumes ton joint avec l’amertume de ceux qui veulent lire mais ne peuvent pas. Culture asséchée de l’extrémisme.
Agnès
Que le monde entende qu’il est temps de changer, d’échanger, de chercher, d’inventer, de partager
Jean François
Dis toi, pourquoi tu écris ? Pourquoi tu prêtes un sens à ce langage commun du pli et du dépli lacanien. Dis moi pourquoi tu te tords de douleur devant Ground zéro. Dis toi bien que le sens, l’essence même du langage tient sa destinée dans le mercredi, jour des enfants.
Marcelle
Dis toi, pourquoi tu sautes à la corde des mots sans te prendre les pieds dans le sens des lettres. Tu es pis que pendre, prendre et raconter. Tu es le témoin de ton époque, l’avocat de la ligne brisée de trop de bégaiement absurde.
Christine la brune
Dis toi, comment tu en es là ? Tu réfléchis froidement sur la fabrication de ta prochaine bombe, préservatif usagé de ‘inconscient collectif. Tu joues à la marelle, sautillant de l’enfer au ciel, le sourire innocent de la langue qui sait qu’un jour ou l’autre elle va exploser.
Chantal
Dis toi, dis moi, dis nous que nous ne pouvons pas faire autrement que d’aller à la guerre des mots. Mots croisés hurlant à la face du monde ta colère de nouveau-né. Toi tu prends naissance dans le bal vénitien des masques de l’auteur. Casanova est là qui t’attire dans la fange des prisonniers du pont des soupirs.
Catherine
Que le monde entende les cris des affamés et ceux des opprimés
Andrée
Dis toi, pourquoi tu pleures sur le sein avachi de cette gamine en bas âge déjà mère. Tu saisis l’instant présent pour chercher la vérité fécale qui fait mal. Tu broies le langage de tes yeux moribonds entre deux hoquets du vivant. Tu prends le large avec le foc par grand vent. Tu te laisses aller au plaisir insensé de ta première lecture. Tu anones p.a > pa- m.a > ma ma, ma maman. Tu n’aimes pas maman, tu aimes t livres. Tu aimes ce qui est écrit en petit, imaginant l’auteur penché sur son bureau, la petite lampe à huile pour un peu de lumière, le rideaux tirés sur l’angoisse de la première phrase.
Christine
Que le monde entende les rêves cassés, les amours contrariés
Pierre Michel
Dis toi, pourquoi tu me juges ? De quel droit tu finis le livre sans même l’avoir commencé. Tu déchires une page pour te rouler une cigarette. Tu cornes, tu écris en marge, tu plonges en apnée au milieu du récit, prêt à détruire le lent processus de l’écriture.
Mariannick
Dis toi, qu’attends tu de moi ? Tu poses une bombe dans mon jardin puis tu t’éloignes, lecteur incongru d’une littérature que tu ne comprends pas. Tu t’éloignes puis tu prends la pose. Assis sur le muret en face, tu griffes légèrement la dernière page du roman avant de la froisser pour finir par la jeter dans le caniveau.
Christine la blonde
Que le monde entende l’espérance hanter
Isabelle
Dis toi, tu me regardes, le dos des consonnes un peu voûté, les épaules rentrées, ka tête en avant, le récit bien tenu dans l’atmosphère théâtrale de ta lecture. Tu souris, tu ris, tu tires la ligne pour mieux la disséquer dans un coin de ton cerveau embrumé. Tu vois loin et tes pensées se perdent au fil de la lecture.
Catherine
Que le monde entende le chemin de la vie
Mariannick
Dis toi, pourquoi je ne t’aime pas ? Tu es la destruction assassine du temps qui passe. Tu oublies que l’écrivain a mis des mois avant de te faire rêver. Tu tires à nouveau une ligne que tu sniff en espérant trouver la logorrhée qui te permettra de t’évader. Tu fixes les lettres et tu te tiens en équilibre sur le récit drolatique d’une imagination éperdue.
Agnès
Dis moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es. Tu es le temps assassin du texte sans fin. Tu es ce que j’abhorre le plus dans ta frénésie de lecture. Prends soin de moi, j’ai mis du temps avant d’arriver jusqu’à toi. Tu as tous les droits. Aimer ou détester, c’est ton choix.
Andrée
Que le monde entende le langage caché
Chantal
Dis toi, pourquoi t’es pas là ? J’ai besoin de toi. Avant nous gardions le sens, maintenant c’est le sens qui nous garde. Sous les mots, le sens. Dans les phrases, le sens. Entre la première et la quatrième de couverture, le sens. Toi, bombe à fragmentation des critiques en tout genre.
Mariannick
Que le monde entende et comprenne
Karine
Dis toi, pourquoi tu ne me regarde pas dans les strophes, bien droit dans le tournant de chaque page.
Jean François
Dis toi, pourquoi tu existes ? Sans toi le texte est vierge, page blanche du manque d’inspiration. Sans toi, toi qui te permets tout, y compris te torcher avec chaque morceau du récit.
Stephan
Dis toi, pourquoi tu m’es indispensable ? Tu es la lectrice, le lecteur de mes écrits. Je n’écris pas pour moi. J’écris pour toi que je ne connais pas, pour toi ami-e fidèle d’une auteur éperdue.
Jean François
Que le monde entende et agisse
Andrée
A bon entendeur Salut !









