Marie Christine

Etat limite
Palpitations, sueur, froid, souffle court, tête vide, envie de partir, corps lourd, jambes de coton, douleur, bouche sèche, trou noir, perdue, tremblement,

Un charriot s’arrête
Allongée, je tremble
Pièce blanche
Ange vert ridicule
Trou noir, je suis perdue
Je suis dans un cocon, suis-je une chrysalide ?
Je ne veux pas partir, surtout pas, ce n’est pas l’heure !

Mon bras écartelé sur une planche, je sens le froid sur mon corps nu, je tremble, autour de moi des bruits sourds. Ma tête ma tête, je ne veux pas !!!
Impossible de bouger, mon corps est si lourd, Tête vide, souffle court, ce bourdonnement, pourquoi ? J’ai des plaques rouges partout !! !??? Je n’ai aucun souvenir, trou noir, je veux bouger impossible, la douleur envahit mon esprit où suis-je ? Trou noir, tête vide, mon cœur palpite, sueur froide, j’entends un chariot, des voix, je crie personne ne n’entends !!! J’essaie de regarder ma vue se trouble !! Je veux partir de là !!! Je vomis, ma gorge en feu, j’ai peur, bouche sèche j’ai soif, respirer, respirer à tout pris, EH ! JE SUIS Là ? !!!!!!
J’étouffe


Emmanuelle

Dans ma tête ça ne veut pas lâcher prise. Trop vu lui, trop bu, trop rien.

J’serai pas comme lui. J’tiendrai. J’ai pas besoin de ça, moi, pour apprécier la musique.

Ma drogue à moi c’est : je mange, je bois. Bien. Trop. Je mange. Je sais que je n’ai plus faim, mais. C’est tellement bon. Trop. Over-dose.

Les intestins prennent le relais, le relais de la pensée qui ne veut pas lâcher prise. Tordus, tressés, stressés. Souffle coupé. Vite les t… Chute vertigineuse. Gouffre. Plus rien. Trou noir. J’me sens bien. Je baigne. Je tombe. Je flotte.

Je crois que je souris un peu.

Assise au piano, des rêves dans ma tête, des notes qui m’apaisent. La musique pour lâcher prise. Non surtout pas !

Regarde-le affalé sous le piano, les yeux rouges dans le vague.

Ne lâche pas prise. Pas comme lui.

Alors où trouver le bonheur ?

Des bons petits plats. Du bon vin. Pas faim.

Tant pis, j’en reprends. Ça y est, j’ai dépassé les limites. Trop plein.

Mon corps se révolte. Douleurs int… vomi, chiures incontrôlables. Je tombe. Vertige.. Trou noir sans mémoire.  Puits sans fin. Chute sans fond. Je ne veux pas me réveiller. Je suis bien, là… Mais je ne sais pas où je suis.

Tête qui pense trop. Surtout ne pas sentir. Trop dur. Trop fort.

Lui, il peut. Mais à quel prix ?

Manger, boire du bon vin plutôt que picoler ou  sniffer.

Allez t’en reprends ? Oui, c’est bon et… douleurs extrêmes. Les intestins ne pensent pas, eux.

Ils se tordent et se crispent. Au bord du gouffre. Je lâche prise.


Chantal

Une petite prune pour finir le repas. De toute façon ça ne se refuse pas. C’est du costaud chez les Polaks.

Ca tient aux tripes, ca tient au chaud.

Un pas de travers, une marche en terre.

Un pied qui se tord et j’ai plus de corps, c’est comme la mort.

Fulgurante douleur. Abime sur le bitume. Agitation sur mes palpitations.

Trou noir sur ce trottoir qui m’accueille mais ne parle pas ma langue.

Un trottoir pour vomir, un trottoir pour dormir.

Des bribes qui volent en l’air et des sons qui m’effleurent. Panique autour de moi.

On agite mes bras. Mes mains ont encore froid.

Mon cerveau en angoisse comprend juste cette poisse : que tout a disjoncté en pays étranger.

Fulgurante douleur : bleue violine, éclair qui me transperce et mon corps qui s’affaisse.

Mains moites, bouche qui veut.

Yeux qui …  trou noir.

Absence. Sans sens. Blessure. Morsure de cette marche, la garce !

Pas de raccrocs, même pas de mots.

Des bribes qui volent en l’air.

Je voudrais les saisir – dire ou rire.Rire en polonais.

Attraper le nez du clown.

Main qui pend.

Civière.

On m’enfourne comme un pain dans un four chaud, averc des paroles rigolotes.

En route, mauvaise troupe.


Marie

J’ai froid. Qu’est ce qui fait que j’ai si froid aujourd’hui ?

Arrêt. Coton. Jambes en coton. Blanc. Sueur le long du dos. Cœur. Son. Boum boum lent loin.

Le ciel est bleu très bleu très très bleu.

J’vais jamais pouvoir leur dire. Elle m’a dit : va leur dire. Mais quoi leur dire ?

Tu vois bien que c’est pas possible, il fait trop beau. Ça peut pas être arrivé. Pas là. Pas elle. Pas maintenant. C’est trop tôt. Ça peut pas être vrai. Il fait trop beau tu vois bien.

C’est calme, ralenti, élastique, cotonneux, on dirait qu’il neige doucement dans le monde.

Mais tu vois bien qu’il fait beau ! Arrête un peu !

Oui c’est vrai, te fâche pas, mais sens comme j’ai froid ! Pourtant j’ai pédalé à fond parce quelle a dit : vite, vite, il faut leur dire, va les chercher.

Je suis partie vite, vite sur mon vélo mais ça freine, tu sens ? Ça freine j’y peux rien, ça doit être les genoux … La langue c’est pire. Elle est toute ratatinée planquée coincée tassée repliée dans ma bouche.

Ah ah on l’entend plus ta langue ! Qu’est-ce t’en as donc fait ? Tu l’as perdue en chemin ta langue ?

Pas perdue, non non, elle est là, j’la sens. Grosse et molle en édredon blanc dans ma bouche. Elle bouge plus. Elle veut rien dire.

D’ailleurs c’est quoi déjà qu’il fallait dire ? Il fait trop beau pour le dire. Ça peut pas arriver quand il fait si beau.

Mais quand même j’ai froid.

C’est vrai qu’il fait froid depuis tout à l’heure, depuis que tout s’est arrêté.

Dans mes intérieurs aussi ça s’est arrêté. Peut être pas arrêté, juste mis au ralenti. Ça cogne lentement et fort, ça résonne loin, j’entends les vagues qui remuent au fond du fond et qui viennent faire trembler mes cheveux sur mon nez. Et mes genoux tout mous.

Comment je vais faire pour leur dire ?

Je pourrai pas.

Il fait trop beau. Ça peut pas être vrai.

On peut pas mourir un jour comme ça. Ils ont dû se tromper. Ils vont rappeler. Dire qu’elle s’est réveillée. Il fait trop beau.

Faut que je m’dépêche, elle a dit, vite, vite … Pourquoi vite d’ailleurs maintenant ?

Si je le dis ça va être vrai ; dis rien, dis rien, va doucement.

J’arrive.

Je vais être obligée de le dire et maintenant ça va être vrai.

Elle veut pas ma langue, elle bouche, elle bouchonne, elle résiste… Et puis elle bouge, elle revit, elle dit et voilà que tu es morte pour de vrai.


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