PROPOSITION TRANSCRITE PAR MATHILDE

Il s’agit aujourd’hui de se glisser dans la peau d’un auteur se préparant à écrire un roman d’amour, le récit d’une liaison amoureuse… mais laissez au vestiaire vos petits cœurs tendres, il s’agit d’un auteur cruel !  grrrr !!!

Le postulat de départ est donc que les êtres humains sont cruels, et la forme d’écriture sera sans doute familière à certains puisqu’il s’agit de rédiger 99 notes préparatoires à l’élaboration de ce  cruel roman.

Mettez en mots votre rumination intérieure, avec la forme que vous souhaitez (phrases ou pas). Ici préparatoire rime avec laboratoire… ces notes “peuvent préparer à quelque chose qui n’est pas, ne sera pas, n’a jamais été”.

 Il s’agit en résumé de balayer le champ de l’histoire d’amour par ces notes, comme le dit François Bon notre grand maître à tous “rester en amont [du projet de livre], décrire le livre mais résister à s’y jeter”.


« 99 NOTES PREPARATOIRES POUR HISTOIRE AMOUR »

 Marie Christine Theveny

1°-Devant la porte fenêtre. 2°-Regarder le jardin, respirer l’odeur du printemps. 3° -Mettre un CD de préférence  classique. 4°- S’installer devant le bureau. 5°- Voir si le paquet de cigarettes est sur le bureau. 6°- Poser la bouteille d’eau à droite du bureau. 7°- Prendre le cahier, relire les notes. 8°- Rectifier l’idée de base .9 °- Recommencer la trame. 10°- Ecrire une liaison  amoureuse, sulfureuse ou cruelle. 11°- Ou bien mettre un peu de fiction un brin de fantastique. 12°- Une histoire courte, une nouvelle. 13°- Chercher dans l’album des souvenir. 14°- Faire le vide en soi. 15°- Laisser les émotions remonter. 16°- Lâcher prise.17°- Trouver les prénoms des personnages. 18°- Leur cadre de vie. 19°- Trouver une écriture ramassée. 20°- Un début d’histoire improbable entre une femme qui se voit comme une peinture de Picasso. 21°- L’homme brocanteur. 22°- Ou autre à trouver l’oiseau rare. 23°- Fatiguer, revenir à la poésie. 24°- Odeur mandarine, peau mandarine. 25°- Et si le personnage a une peau mandarine, idée  originale ! 26°- Titre  femme mandarine. 27°- Que l’on épluche, que l’on touche, qui se flétrit. 28°- Ou contact de l’homme aimé,  sa peau est qu’agrumes.  29°- Donc une femme que l’on épluche. 30°- Idée à creuser ou à presser. 31°- Sa peau perle, se transforme. 32°- Sueur sucrée. 33°- Délicatement enlevé son écorce.  34°- Décrire la transformation. 35°- Pourquoi la femme mandarine ? 36°- Rester dans la réalité avec du fantastique. Dilemme !! 37°- Décrire le duel cruel de ce duo. 38°- Histoire à consommer par tranche, ou par quartier. 39°- La faim me tenaille, tout s’explique.  40°- Plus se poser de questions. 41°- Avancer. 42°- Oui. 43°- Mais !!! 44° ou 45° et 46°- Donc l’idée d’une liaison amoureuse ? Peut-être dans le fait de gouter un fruit que l’on connait, pas (à développe). 47°- Or mes personnages ne sont pas encore mures, façon de parler. 48°- Ni moi ni eux ne sont prêts à donner leurs jus. 49°- Car, pourquoi cette conjonction ? Besoin d’une pose. 50°- L’homme aimait une femme différente  est-ce bien vus ? !! 51°- Elle doute, elle  s’étonne. 52°- Elle a peur, elle doute, elle redoute, malgré tout elle plonge en apnée. 53°- Elle suffoque de bonheur. 54°- Sans illusion, elle laisse  cette houle, cette déferlante la submerger. 55°- Sur ce grain de peau dorée, elle s’allonge comme on s’allonge sur le sable chaud au plus haut  du zénith. 56°- Elle oublie le crépuscule à venir.  57°- Elle a été tellement abandonnée. Quelle s’étonne toujours qu’un homme sans défaut physique  peut être avec elle. 58°- Elle craint que l’on se moque de lui. 59°- Lui dit qu’elle n’est pas jalouse mais elle crève de jalousie. 60°- Elle a moins fréquenté d’homme qu’une autre femme mais des hommes valides. 61°- Elle ne voulait pas  voir son reflet dans un homme qui lui ressemblait. 62°- Elle est jeune et volontaire. 63°- Elle ne baisse jamais  les bras, elle fonce. 64°- Elle vit le jour présent avec avidité. 65°- Elle conjugue sa vie avec le futur. 66°- Elle croit que le futur sera meilleur pour elle ; illusion ou réalité ?  67°- Pour l’heure, elle est enfin amoureuse, elle lutte pour le garder le plus longtemps possible. 68°- Elle engrange avec lui, elle engrange dans son ventre et dans son cœur les jours, les mois peut-être plus. 69°- Elle lui demande de ne jamais lui mentir. 70°- Elle ne peut rien revendiquer, elle croit qu’elle n’a pas les moyens, elle se trompe. 71°- Elle lui ment, qu’il est libre, que sa vie n’ait pas attaché à elle. 72°- Il n’a pas de préjugé, non conformiste. 73°- Elle, si finalement. 74°- il est Corse. 75°- Elle est Tourangelle. 76°- Il part souvent en  en Corse. 77°- Elle attend. 78°- A son retour leurs  étreintes sont plus intenses. 79°- Couple libre, bien obligé. 80°- De son séjour de Corse, il lui apporte des paniers de mandarines. 81°- ces mandarines sont coupées en quartier, manger, boire à en être écœuré. 82°- Elle écrit des poésies, il est peintre, il l’appelle ma petite mandarine. 83°- Elle lui demande d’illustrer son prochain livre de nouvelle fantastique. 84°- lui demande le contenu, le titre. 85°- Elle hésite encore. 86°- Elle veut une histoire d’amour impossible extraordinaire, une métamorphose d’une femme. 87°- Il part en Corse, il peint pour elle. 88°- Elle écrie pour combler le vide en elle. 89°- Son absence lui pèse. 90°- Son ombre, son odeur plane dans toutes les pièces. 91°- Elle rie. 92°- Elle pleure. 93°- Elle se sent comme une façade sans relief. 94°- Elle déteste le mot fin, fin d’une histoire, une fin d’un livre. 95° Il l’a demandé en mariage. 96°- Elle a refusé. 97°- Il lui a dit nulle autre que moi ne te le demandera. 98°- Cela s’est révélé vrai. 99°- Début de  la nouvelle.   «  LA FEMME A LA PEAU MANDARINE ».


 

Amour par cœur

 Marie

1 un lit dévasté et odorant

2 un téléphone noir comme un central téléphonique désaffecté qui ne sonne jamais

3 des soupirs inouïs

4 une fille qui se déshabille

5 un café triste

6 des cafés ingurgités rapidement

7 un balai en crin de chien pour la danse du balai

8 une chambre ordinaire où il fait beau

9 une chambre d’hôtel où le vent marin fait flotter des rideaux

10 un grand ciel, des bateaux qui font ding ding ding

11 un chien qui se secoue qui aboie et qui mord

12 les premiers reproches

13 une tonnelle pimpante et parfumée

14 des murmures légers et des regards chargés

15 des larmes des plaintes des gémissements des bruits de chaînes

16 un poème de Prévert

« J’ai acheté de lourdes chaînes pour toi mon amour « 

17 des enfants joufflus qui jouent à courte paille

18 un enfant morveux qui bâille

19 un grand feu de la Saint Jean

20 de la moquerie en douce des ricanements en sourdine des gloussements devant

21 une fille sidérée

22 un homme qui pleure dans son potage

23 une main qui fait un geste d’adieu

24 un babil d’oiseaux sur la branche

25 des arrêts du cœur

26 être hantée par cet être là

27 des palpitations

28 un nom répété

29 flash d’ébats amoureux

30 un couteau planté dans le parquet de l’entrée

31 no pasaran

32 passe passe passera la dernière la dernière passe passe passera la dernière restera

33 des dents qui s’entrechoquent dans un baiser

34 des corps qui se suivent et se respirent des chiens qui se reniflent

35 un air de java un rythme de cavalcade

36  » il a dévalé la colline  » Pourvu qu’ils nous laissent le temps

37 une moto qui pétarade à petit cylindre

38 les cuisses dehors les yeux aussi et les mains dedans au chaud

39 faire la cuisine à minuit en gazouillant

40 odeur de graillon de viande de bagarre

41 du sang de la colère des jurons des insultes des coups de dents de griffes

42 réconciliation

43 dadouronronron

44 malentendus noirs

45 cris de désespoir

46 t’en vas pas / départ

47 reste encore un peu

48 un tout petit peu

49 la porte se ferme

50 qui a éteint la lumière ?

51 cœur décroché souffre suspendu

52 retour de Pan

53 tout est vivant joyeux frais vif léger coloré rayonnant pulpeux appétissant nourrissant passionnant énervant exaspérant irritant i comprend donc rien inutile insuffisant instinctif indestructible et  » fragile comme un papillon de mai « 

54 je t’aime je te hais pourvu que ça dure pourvu que ça s’arrête

55 mais ça finira donc jamais

56 il ment

57 elle le méprise

58 il est faux

59 elle a faux

60 elle est fosse

61 elle comme la lune

62 il comme une bite

63 elle hurle à la lune

64 il tremble comme un faon

65 il peine elle reine

66 revoir le grand soleil

67 se bousculer comme des gosses

68 marcher à grand pas serrés l’un contre l’autre

69 tu sais même pas ce que c’est l’amour

70 prouve le que tu m’aimes

71 dis le moi tous les jours à chaque minute que je respire

72 je m’endors dans tes bras

73 tu t’endors dans mes bras

74 nous nous endormons assis enlacés serrés nez à nez bouche à bouche

75 horizon démonté du lit blanc

76 tes yeux blancs de statue

77  » ta voix douce et câline « 

78 je ne comprends pas tout ce que tu dis

79 vous n’écoutez rien

80 mais où avais-je la tête ?

81 mettre des cailloux blancs dans tes poches

82 t’observer à la dérobée

83 rire à tout bout de chant

84 roucouler des vocalises qui font saigner la gorge et les oreilles

85 se laisser regarder dans la glace

86 s’entrelaver

87 être affamé assoiffé altéré

88 penser dans la vague et t’entrapercevoir

89 écouter battre ton cœur l’entendre rouler

90 rêver que tu es là tout près rêver que tu me pinces

91 des oiseaux qui se chamaillent dans les buissons

92 une sacrée volée

93 un envol sacré

94  » une âme envolée

95 vers d’autres cieux

96 vers d’autres amours « 

97 on dirait bien que ça fraîchît

98 le vent est tombé pourtant

99 à demain ?


 

 

 Emmanuelle

La cruauté humaine, c’est l’inéluctable de la vie.

Elle cherche cherche l’amour l’absolu.

Elle revêt un chapeau gris et un Loden bleu pour mettre en évidence sa particularité.

Elle croise celui qui pourrait la comprendre ; elle lui dit sa solitude.

Elle ne tombe pas amoureuse, mais elle apprécie sa compagnie.

Il l’invite à partager un plateau de fruits de mer avec ses copains.

Elle ne le trouve pas beau, mais elle aime être avec lui.

Elle sait qu’elle ne l’aime pas, mais elle se sont aimée.

Ils partagent leurs vies, leurs amis, leurs familles.

Elle a l’insouciance d’une étudiante, lui, celle d’un gigolo.

Il travaille quand même six mois, mais ça ne vaut pas sa passion pour le bridge.

Elle lui propose d’en faire un métier.

Un jour professeur, un jour compétiteur, un jour arbitre.

Et tous les jours un peu plus de whisky.

Elle ne voit pas : ni son inconstance, ni que la boisson devient une addiction.

Elle reste, pourtant elle sait qu’il ne faut pas faire durer cette histoire.

Elle part. Elle oublie. Pas lui.

Une nouvelle ville, un homme dans un bar.

L’amour existe-t-il ?

Un inconnu a frappé à la porte de son bureau. Jeune, séduisant, artiste.

Ils se revoient. Quelque chose de fort se passe.

Elle apprend qu’il a déjà un projet de mariage.

Elle lit un livre d’Alexandre Jardin sur une passion mortelle.

Elle se persuade qu’il vaut mieux ne pas aimer.

Un concert de Barbara en plein air. Dernier rappel : « ma plus belle histoire d’amour c’est vous ». La phrase s’écrit au laser rouge sur le fond noir. Elle vibre.

La radio annonce la mort de Barbara. Trahison.

Et lui répond toujours fidèlement à toutes ses questions existentielles. Lui, il voue sa vie à Dieu.

Elle est vieille et toute ridée, assise dans un fauteuil. Elle essaie de se souvenir.

Elle a le sourire de ceux qui savent que l’amour n’existe pas.

Un homme face au vent sur une plage normande, les bras écartés. Il s’exclame : « l’amour existe, je l’ai rencontré ! »

Une vague l’emporte.


 

 

 

 

 

 

 

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